L'art du moteur

Note de lecture

L’art du moteur
Paul Virilio [Galilée 1993]

p. 15
« Livrés à eux-mêmes à la fin de l’ère de la dissuasion, les médias industriels sont passés, comme le reste de la production de masse de ces dernières années, du nécessaire au superflu et enfin, au gâchis de la déréglementation et des luttes intestines de plus en plus féroces, leur pouvoir de dénoncer, d’exhiber, de s”afficher se développant sans cesse au détriment d’un privilège de dissimulation devenu précaire.
Si bien qu’actuellement, le vrai problème de la presse et de la télévision n’est plus tant ce qu’elles sont capable de montrer, mais bien ce qu’elles sont encore en mesure d’effacer, de cacher, et qui a constitué, jusqu’ici, l’essentiel de leur puissance ... »
p.18
À l’origine, la MÉDIATISATION signifiait littéralement être privé de ses DROITS IMMÉDIATS.
Formidable paradoxe : + il y a de médiatisation, + demeure des zones obscures
Médiatiser quelqu’un : ex : “médiatiser les foules”
p.20-21 - Capacité à communiquer

p.24
« En fait de “ville monde”, la mise en œuvre intensive des techniques de communication a bien créé une résonance, celle, imprévue, de l’effet caméra signalé par Pagnol, qui désormais étend la solitude multiple à des milliards d’individus, avec cette contre culture du ghetto (post-industrielle, post-nationale, post-urbaine…) en train de couvrir l’ensemble d’une planète qui n’arrive pas elle-même à se libérer de son statut de ghetto cosmique.
Du ghetto naît le chaos qui destabilise les mass media pris au piège de l’acte de guerre intérieur, du viol des droits de l’homme, du spectacle fascinant et sans cesse renouvelé de l’immolation et de l’agonie… »
p.32 - Un homme = un ghetto

p.33 - [Intégralement] “le publi reportage élimine les derniers tabous”

”Supprimer l’éloignement tue” René Char

p.50
« Il a fallu attendre la fusion/confusion de l’information et de l’informatique, pour obtenir celle du secret et de la vitesse. »
FUSION / CONFUSION
INFORMATION / INFORMATIQUE
SECRET / VITESSE
p.51
« De même, le partage anarchique des techniques de représentation, en provoquant l’implosion du monde visible qui était le domaine de l’opinion publique, nous précipite inexorablement vers cette phase ultime de la médiatisation politique, redevenant le privilège de groupes de moins en moins nombreux, détenteurs d’un dernier amalgame de la vitesse de la lumière (le secret) et de l’abusive éloquence des chiffres, des messages, des images (l’information). »
p.55
« Avec l’accélération, il n’y a plus d’ici et là, seule la confusion mentale du proche et du lointain, du présent et du future, du réel et de l’irréel, mixage de l’histoire, des histoires, et de l’utopie hallucinante des techniques de communication, usurpation informationnelle qui longtemps s’avancera masquée par les oripeaux de ces idéologies de progrès… »
p.56 - Coup d’état informationnel

p.76
« “Y a t-il un rapport intime entre l’invention simultané de la poudre à canon et celle de l’encre d’imprimerie ?” interrogeait encore Karl Kraus. On peut ajouter en vrac que ce rapport existe entre la mitrailleuse et la caméra, la nitro cellulose et la pellicule, le radar et la vidéo… mais aussi entre le trucage de l’illustration graphique, photographique puis cinématographique et télévisuel et le vieux camouflage militaire chargé de dérober à la vue des observateurs, armements, convois, mouvements de troupes, pour finalement laisser l’adversaire perplexe, ne sachant plus où la réalité commence et où elle finit. »
Poudre à canon ∞ encre d’imprimerie
mitrailleuse ∞ caméra
radar ∞ vidéo
camouflage ∞ trucage d’image

p.79
« “La paix dure plus longtemps que la guerre” disait-on autrefois. C’était presque vrai pendant l’ère de la dissuasion nucléaire, avant l’installation du nouveau complexe informationnel pour lequel nulle paix ne sauraient intervenir. »
p.75
« La vitesse garantissant le secret et donc la valeur de toute information, libérer la puissance des médias, ce n’est donc pas seulement annihiler la durée de l’information, celle de l’image et de son trajet, mais avec elle tout ce qui dure et ce qui persiste. »
p.87 et 88 “Ces spectres qui ne mourront pas de faim, alors que nous, nous périrons”. Rapport aux anges ?

p.95 “Le mouvement, c’est l’aveuglement.”

p.96 « L’immobile rend visible et les arts plastiques seraient une immobilisation du mouvement qui donnerait l’illusion de voir, d’avoir le temps de voir. »

p.98
« Les œuvres des surréalistes et surtout leur “banque de rêves” nous ont pourtant montré l’indigence du rêve trivial. Ce dernier manque singulièrement de variété et de fantaisie et la figuration de nos désirs est facilement radoteuse, elle aime surtout répéter ses thèmes peu nombreux. Ceci est tout aussi évident pour l’imagerie de synthèse, puisqu’elle ne fait qu’imiter les effets spéciaux et les trucages du vieux cinéma en 3D ou du dessin animé et se heurte, ostensiblement, aux limites plastiques de l’imaginaire. »
p.98
« Bien qu’il s’acharne à vouloir prouver le contraire, l’homme créatif n’est pas pour autant un créateur, la création n’est as son domaine et le mot créateur, si souvent employé, est inadéquat… En un sens, il est plus sûrement ingénieur que créateur. »
p.101 « A propos des outils de communication, on vérifiera donc la vieille loi : plus l’effet d’annonce est rapide, plus l’annonce devient accidentelle et plus elle perd de sa substance. »

p.112 « La rapidité d’une espèce est toujours, pour elle, un signe de mort précoce. »

p.126
« Disjoncter, c’est se désinformer » + p.127 « La revendication des trois huit, si chère aux révolutionnaires de 1848, est apparue peu après l’installation des premières liaisons ferroviaires en direction des côtes toutes proches de la Manche. Plus tard, André François Poncet notera à propos de ce programme de huit heures (huit heures de travail, huit heures de sommeil, huit heures de loisirs) : ”Il a tous les avantages d’une revendication révolutionnaire sans en avoir les inconvénients et le mérite singulier de créer l’unité entre tous les partis, des modérés aux extrémistes.”
De fait, qui parmi les hommes de pouvoir, politiciens ou gens de presse, aurait bien pu être en désaccord avec la légitimation d’un droit à disjoncter 16 heures sur 24 qui aboutirai fatalement à une législation discrète de la désinformation, à une médiatisation totale. »
p.131
« La question de la technique est inséparable de celle du lieu de la technique. De même qu’il est impossible d’appréhender la NATURE sans aborder aussitôt la question de la GRANDEUR NATURE, il est devenu inutile de parler développement des technologies sans s’interroger immédiatement sur la dimension, les dimensionnement des techniques nouvelles. »
p.135 « Moins la force humaine est occupée, plus elle tends à l’excès.” Balzac 1838 Traité des excitant modernes »

p.136
« De fait, c’est la réalisation, près d’un siècle plus tard, du rêve des futuristes italiens : le corps de l’homme intégralement nourri delà technique grâce à la miniaturisation de «machines microbes» invisibles ou presque, avec cependant une différence majeure dans l’ordre de grandeur de la vitesse puisqu’il ne s’agit plus, comme l’espérait Marinetti, de rivaliser avec l’accélération des moteurs en faisant du corps-locomoteur de l’individu l’équivalent de la locomotive ou de la turbine électrique dont les vitesses relatives sont dépassées — mais bien de tenter d’appareiller le corps humain pour le rendre contemporain de l’ère de la vitesse absolue des ondes électromagnétiques. L’émetteur récepteur en temps réel succédant désormais au moteur surpuissant susceptible de parcourir au plus vite l’espace réel des territoires. »
Voir manifeste futuriste 1910 Marinetti

COMPLEXE MILITARO-INFORMATIONNEL
TRANSMISSIONS MICROPHYSIQUES
TRANSMISSIONS INSTANTANÉES
ONDES ÉLECTROMAGNÉTIQUES
TÉLÉ-TECHNOLOGIE DE LA TRANSMISSION INSTANTANÉE
CYBERNÉTIQUE BIO-TECHNOLOGIQUE
TÉLÉCRATIE
INDUSTRIALISATION DE LA SIMULATION, DE L’OUBLIE ET DU MANQUE
DÉRÉALISATION INFORMATIQUE

Cybernétique : Science constituée par l’ensemble des théories relatives aux communications et à la régulation dans l’être vivant et la machine.

p.139 Être présent, c’était être proche. Thème de la chute des anges ?

p.160
« Au cours de la seconde guerre mondiale, des ingénieurs de la BELL CORPORATION découvrent une grandeur physique observable dont l’utilisation assure une meilleur transmission. On la baptise INFORMATION. Aussitôt, Norbert Wiener, le père de la cybernétique, la définit par ce qu’elle n’est pas : « L’information n’est ni la masse, ni l’énergie, l’information est l’information.» C’est donc la troisième dimension fondamentale de la matière. Plus tard, beaucoup plus tard, Gregory Bateson, un des premiers à envisager l’information comme un processus général, ajoutera : «L’information c’est une différence qui crée une différence».
Mais la redondance est cependant le même, les notions traditionnelles d’entrée et de sortie perdant leur connotation spatiale et environnementale pour devenir « la différence des différences », le IN et le OUT des portes logiques, le 0 et le 1 de l’informatique.
Dès lors, la logique de la différenciation n’est plus que sa LOGISTIQUE, une logistique CYBERNÉTIQUE qui accomplira le coup de force sas lequel n’existe AUCUNE INFORMATION digne de ce nom, puisque cette dernière n’est jamais que l’effet d’un fait, le reflet d’un rapport de force. »
ENTRÉE SORTIE
IN OUT
O 1

Voir Philippe Breton “Histoire de l’informatique” La découverte 1987

Dès 1940, à Bletchley Park, les britanniques rassemblèrent autour d’Alan Turing, une équipe de spécialistes susceptibles de percer les codes de la machine allemande ENIGMA. La réussite de cette opération, grâce au calculateur COLOSSUS, devait ouvrir la voie de la victoire aux alliés et celle de l’ère de la révolution informatique.

p.166
« Ainsi, après les différentes pollutions résultant de l’aménagement industriel d’un territoire local, nous assistons aux prémices d’une nouvelle pollution due au contrôle de l’environnement global par des technologies post-industrielles qui épuisent les intervalles de temps et d’espace qui organisaient jadis le monde.
“Plus la mobilité augmente et plus le contrôle s’accroît” … avec l’excès d’accélération des transmissions, le contrôle devient l’environnement lui-même. »
« En effet, lorsque l’arrivée restreinte de la révolution des transports cède la place à l’arrivée générale de la révolution des transmissions instantanées, le théorie de l’information — L’INFORMATIQUE — supplante la physique, que dis-je, l’astro-physique ! La fusion est faite et la confusion parfaite : L’INFORMATION est le seul «relief» de la réalité, son unique «volume». A l’âge de la numérisation de l’image et du son, on doit même dire sa «haute-définition». Avec l’énergie en puissance et l’énergie en acte, nous disposons maintenant d’une troisième forme énergétique : l’énergie en information. A la suite des trois phases de déplacement, le départ, le voyage, et après le déclin du «voyage», c’est soudain la perte du «départ». Désormais, tout arrive sans qu’il soit nécessaire de partir, mais ce Qui arrive, ce n’est déjà plus l’étape ou le but du voyage, mais simplement l’information, l’information-monde, que dis-je, l’information-univers ! Le règne de l’arrivée généralisée se confondant dès lors avec la généralisation de l’information en temps réel, tout se précipite sur l’homme, un homme cible assailli de toutes parts et dont le salut n’est plus que dans l’illusion, la fuite devant les réalités du moment, perte du libre arbitre dont Pascal évoquait la venue lorsqu’il écrivait :” Nos sens n’aperçoivent rien d’extrème. Trop de bruit nous assourdit. Trop de lumière nous éblouit. Les quantités extrêmes nous sont ennemies. Nous ne sentons plus, nous souffrons.” »
Voir “l’horreur économique” de Viviane Forester
Voir “la tentation de l’innocence” de Pascal Brukner

p.175
« La confusion s’installant bientôt dans les esprits entre les dispositifs d’asservissement automatique ou SERVO-MOTEUR et ce que l’on nomme intelligence artificielle, ou CERVEAU-MOTEUR. »
p.180 Le CYBER-ESPACE ou plus exactement “l’espace temps cybernétique”.

p.180 « Les inventions conjointes de la bombe et de l’ordinateur auront en effet illustré à la perfection le mariage de déraison entre l’énergie et l’information. »

p.184
« Comme l’exprimaient naguère des résistants chrétiens à l’autoritarisme : « L’histoire est un kaléidoscope de vertige. Le rythme haletant et forcené auquel se déroulent les événements depuis un quart de siècle, favorise la montée en puissance de l’oubli. » D’où non seulement le révisionnisme ou le négationisme de sinistre mémoire qui frappent de nullité les événements survenus depuis la seconde guerre mondiale, mais plus insidieusement encore, cette déréalisation informatique qui aboutit aujourd’hui à la défaite des faits, puisque l’information l’emporte désormais sur la réalité de l’événement. »
p.192
« Après avoir motorisé la voiture hippomobile à l’aide de l’énergie de synthèse du moteur à explosion, lors de la révolution des transports, voilà que la révolution des transmissions s’apprête à motoriser la réalité de l’espace, grâce à l’imagerie de synthèse du moteur de l’ordinateur. »

actualisation

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La société du spectacle

Note de lecture

La société du spectacle
Guy Debord [1967]

(+ voir parole d'irréductibles citation Debord p 12)

10
« Le concept de spectacle unifie une grande diversité de phénomènes apparents. Leurs diversités et contrastes sont les apparences de cette apparence organisée socialement, qui doit être elle-même reconnue dans sa vérité générale. Considéré selon ses propres termes, le spectacle est l’affirmation de l’apparence et l’affirmation de toute vie humaine, c’est-à-dire sociale, comme simple apparence. Mais la critique qui atteint la vérité du spectacle le découvre comme la négation visible de la vie ; Comme une négation de la vie qui est devenue visible. »
A mettre en rapport avec la définition de l’aura de Walter Benjamin dans “l’œuvre d’art …”.

Préface à la quatrième édition italienne de la société du spectacle
Guy Debord 1979
« Elle (la marchandise spectaculaire) présentait comme des biens extraordinaires, comme la clef d’une existence supérieure, et peut-être même élitiste, des choses tout à fait normales et quelconques : une automobile, des chaussures, un doctorat en sociologie. Elle est aujourd’hui contrainte de présenter comme normales et familières des choses qui sont effectivement devenues tout à fait extraordinaires. ceci est-il du pain, du vin, une tomate, un œuf, une maison, une ville ? Certainement pas puisqu’un enchaînement de transformations internes, à court terme économiquement utile à ceux qui détiennent les moyens de production, en a gardé le nom et une bonne part de l’apparence, mais en en retirant le goût et le contenu. On assure pourtant que les divers biens consommables répondent indiscutablement à ces appellations traditionnelles, et on en donne pour preuve le fait qu’il n’existe plus rien d’autre, et qu’il n’y a donc plus de comparaison possible. Comme on a fait en sorte que très peu de gens sachent où trouver les authentiques là où ils existent encore, le faux peut relever légalement le nom du vrai qui s’est éteint. Et le même principe qui régit la nourriture ou l’habitat du peuple s’étend partout, jusqu’aux livres ou aux dernières apparences de débat démocratique que l’on veut bien lui montrer. »
Commentaires sur la société du spectacle
Guy Debord 1988

p 18
« … On insiste sur les grands moyens du spectacle, afin de ne rien dire de leur grand emploi. On préfère souvent l’appeler, plutôt que spectacle, le médiatique. Et par là, on veut désigner un simple instrument, une sorte de service public qui gérerait avec un impartial « professionnalisme » la nouvelle richesse de la communication de tous par mass media, communication enfin parvenue à la pureté unilatérale, où se fait paisiblement admirer la décision déjà prise. Ce qui est communiqué, ce sont des ordres ; et, fort harmonieusement, ceux qui les ont donnés sont également ceux qui diront ce qu’ils en pensent. »
Spectaculaire concentré incarné par les dictatures
+
Spectaculaire diffus incarné par la société marchande de consommation
=
spectaculaire intégré

p 22
« À considérer le côté concentré, le centre directeur en est devenu maintenant occulte : on n’y place jamais plus un chef connu, ni une idéologie claire. Et à considérer le côté diffus, l’influence spectaculaire n’avait jamais marqué à ce point la presque totalité des conduites et des objets qui sont produits socialement … »
p 25 Tout le point V
« La société modernisée jusqu’au stade spectaculaire intégré se caractérise par l’effet combiné de cinq traits principaux, qui sont : le renouvellement technologique incessant ; la fusion économico-étatique ; le secret généralisé ; le faux sans réplique ; un présent perpétuel. … »
Et notamment :
« … Le mouvement d’innovation technologique dure depuis longtemps, e il est constitutif de la société capitaliste, dite parfois industrielle ou post-industrielle. Mais depuis qu’il a pris sa plus récente accélération (au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale), il renforce d’autant mieux l’autorité spectaculaire, puisque par lui chacun se découvre entièrement livré à l’ensemble des spécialistes, à leurs calculs et à leurs jugements toujours satisfaits sur leurs calculs. … »
p 36 Tout le point VIII
Et notamment :
« …Le spectateur est seulement censé ignorer tout, ne mériter rien. Qui regarde toujours, pour savoir la suite, n'agira jamais : et tel doit être le spectateur. …
… Tout ce qui n’est jamais sanctionné est véritablement permis. … »
p 44
« Sur le plan des techniques, quand l’image construite et choisie par quelqu’un d’autre est devenue le principal rapport de l’individu au monde qu’auparavant il regardait par lui-même, de chaque endroit où il pouvait aller, on n’ignore évidemment pas que l’image va supporter tout ; parce qu’à l’intérieur d’une même image on peut juxtaposer sans contradiction n’importe quoi. Le flux des images emporte tout, et c’est également quelqu’un d’autre qui gouverne à son gré ce résumé simplifié du monde sensible ; qui choisit où ira ce courant, et aussi le rythme de ce qui devra s’y manifester, comme perpétuelle surprise arbitraire, ne voulant laisser nul temps à la réflexion, et tout à fait indépendamment de ce que le spectateur peut en comprendre ou en penser. dans cette expérience concrète de la soumission permanente, se trouve la racine psychologique de l’adhésion si générale à ce qui est là ;qui en vient à lui reconnaître ipso facto une valeur suffisante. Le discours spectaculaire tait évidemment, outre ce qui est proprement secret, tout ce qui ne lui convient pas. Il isole toujours, de ce qu’il montre, l’entourage, le passé, les intentions, les conséquences. Il est donc totalement illogique. Puisque personne ne peut plus le contredire, le spectacle a le droit de se contredire lui-même, de rectifier son passé. La hautaine attitude de ses serviteurs quand ils ont à faire savoir une version nouvelle, et eut-être plus mensongère encore, de certains faits, est de rectifier rudement l’ignorance et les mauvaises interprétations attribuées à leur public, alors qu’ils sont ceux-là même qui s’empressaient la veille de répandre cette erreur, avec leur assurance coutumière. Ainsi, l’enseignement de ce spectacle et l’ignorance des spectateurs passent indûment pour des facteurs antagoniques alors qu’ils naissent l’un de l’autre. Le langage binaire de l’ordinateur est également une irrésistible incitation à admettre à chaque instant, sans réserve, ce qui a été programmé comme l’a bien voulu quelqu’un d’autre, et qui se fait passer pour la source intemporelle d’une logique supérieure, impartiale et totale. Quel gain de vitesse, et de vocabulaire, pour juger de tout ! Politique ? Social ? Il faut choisir. Ce qui est l’un ne peut être l’autre. Mon choix s’impose. On nous siffle, et l’on sait pour qui sont ces structures. Il n’est donc pas surprenant que, dès l’enfance, les écoliers aillent facilement commencer, avec enthousiasme, par le Savoir Absolu de l’informatique : tandis qu’ils ignorent toujours d’avantage la lecture, qui exige un véritable jugement à toutes les lignes ; et qui seule aussi peu donner accès à la vaste expérience humaine antéspectaculaire. Car la conversation est presque morte, et bientôt le seront beaucoup de ceux qui savaient parler. »
p 51
« McLuhan lui-même, le premier apologiste du spectacle, qui paraissait l’imbécile le plus convaincu de ce siècle, a changé d’avis en découvrant enfin, en 1976, que « la pression des mass media pousse vers l’irrationnel », et qu’il deviendrait urgent d’en modérer l’emploi. Le penseur de Toronto avait auparavant passé plusieurs décennies à s’émerveiller des multiples libertés qu’apportait ce « village planétaire » si instantanément accessible à tous sans fatigue. Les villages, contrairement aux villes, ont toujours été dominés par le conformisme, l’isolement, la surveillance mesquine, l’ennui, les ragots toujours répétés sur quelques mêmes familles. Et c’est bien ainsi que se présente désormais la vulgarité de la planète spectaculaire, où il n’est plus possible de distinguer la dynastie des Grimaldi-Monaco, ou des Bourbons-Franco, de celle qui avait remplacé les Stuart. Pourtant d’ingrats disciples essaient aujourd’hui de faire oublier McLuhan, et de rajeunir ses trouvailles, visant à leur tour une carrière dans l’éloge médiatique de toutes ces nouvelles libertés qui seraient à « choisir » aléatoirement dans l’éphémère. Et probablement ils se renieront plus vite que leur inspirateur. »
Considérations sur l’assassinat de Gérard Lébovici
Guy Debord 1985

p 107
« Quand tout le stock de connaissances, de goût et de langage disponible chez les experts de cette sorte sera fixé sur des mémoires artificielles, on voit ce que l’on pourra apprendre au terminal. Très bientôt, les jugements en «novlangue» ressembleront en toute occasion à celui que l’on a cette fois imaginé pour moi. On peut se demander comment un ordinateur saura traduire le mot “noblesse”, dans quelque temps ? »

Le paragone

Note de lecture

Le paragone Le parallèle des arts

Les éditions Klincksieck l’esprit et les formes

Les conceptions médiévales subordonnaient l’art à la théologie, l’art était entièrement dépendant de l’église. (univers spirituel). Au XIV et XV e s, l’antique classification entre arts libéraux et arts mécaniques est récusée. La peinture et la sculpture deviennent les moyens de représentation du Monde extérieur. En s’appuyant sur une conception rationnelle et scientifique du Monde, l’artiste peut imiter la Nature au nom d’un autre concept impératif, celui de la beauté.
Enquête : quelle est la première peinture profane ? (Ce qui importe, c’est le parcours de cette enquête, et toutes les découvertes faites en chemin. Ça peut être l’occasion d’un exposé)
Les conceptions médiévales subordonnaient l’art à la théologie, l’art était entièrement dépendant de l’église. (univers spirituel). Au XIV et XV e s, l’antique classification entre arts libéraux et arts mécaniques est récusée. La peinture et la sculpture deviennent les moyens de représentation du Monde extérieur. En s’appuyant sur une conception rationnelle et scientifique du Monde, l’artiste peut imiter la Nature au nom d’un autre concept impératif, celui de la beauté.
La peinture et la sculpture étaient exclues des arts libéraux, arts nobles par définition. Musique, poésie, architecture, astronomie, faisaient intervenir les sciences, l’ordre, le raisonnement, en un mot, les mathématiques.
L’invenzione de la perspective participe de cette quête pour faire rentrer la peinture (représentation du réel, imitation) dans les arts libéraux. La perspective existait avant la Renaissance, mais était aléatoire, intuitive, non normée mathématiquement.

Prémices d’une réévaluation de l’œuvre artistique :
  • Chez Pétrarque : éloge de Giotto
  • puis Boccace dans le Décaméron : également Giotto
  • puis Ceninni dans le livre de l’art (1390).
  • Imperceptiblement, l’idée de la peinture, manifestement intellectuelle à l’instar de la poésie, pénètre les esprits de la seconde moitié du trecento ; la sculpture restant manuelle, à cause de son rapport physique à la matière.
  • Alberti (1439) della pittura/ de Pictura
Sa démonstration progresse dans un esprit nouveau, strictement mathématique : la mise au carreau, l’application de la perspective mathématique à la composition, la théorie des proportions, empruntée à la sciences toute nouvelle de l’anatomie.
Alberti et ses exégètes pensent que l’artiste ne peut être maître de son art que s’il en maîtrise, par la raison, les principes élémentaires. Il doit donc pour cela acquérir une pratique, une expérience que seule peut lui donner l’étude des anciens.
ce “nouveau réalisme” s’appliquera plus particulièrement à l’imitation de la nature. Exemple le plus connu, Narcisse, selon lui le premier peintre puisque son image reflétée dans l’eau est la copie exacte de l’original sur une surface plane.
  • Ghiberti (commentarii)
raconter et porter un jugement. position humaniste. Il met la perspective et l’anatomie au rang des connaissance essentielles à l’artiste.
  • Léonard de Vinci : évoque l’universalité de la peinture.
  • Giorgio VASARI (vie de Giorgione, tome V)
Giorgione, raconte-t-on, eut une discussion avec quelques sculpteurs, au moment où Andrea Verrochio exécutait son cheval de Bronze. ceux-ci soutenaient que la sculpture, en raison des multiples points de vue offerts quand on en fait le tour, qui permettent de montrer les différents aspects d’une seule figure, était supérieure à la peinture qui, d’une figure, ne montre qu’un seul coté. Giorgione avait un avis différent : dans une peinture, d’après lui, on pouvait voir d’un seul coup d’œil, sans avoir à en faire le tour, toutes les vues qu’offrent les divers gestes d’un homme ; ce que ne peut réaliser la sculpture, à moins que l’on ne change de position et d’angle de vue, et alors que ce n’est plus d’un seul regard qu’on la voit. Il proposa de leur montrer qu’une seule figure peinte pouvait être vue de devant, de dos et de profil et il parvint à les faire changer d’opinion.
Voilà comment il s’y pris : il peignit un nu vu de dos ; à ses pieds, une source très limpide reflétait le devant du corps. D’un côté, la légère cuirasse d’acier poli dont il s’était dépouillé, si brillante que tout s’y reflétait, renvoyait le profil gauche. de l’autre côté, dans un miroir, on voyait l’autre profil. cette œuvre d’une si originale fantaisie voulait prouver que la peinture demande plus de talent et de travail et qu’en une seule image prise sur la vif, elle en montre plus que la sculpture. Elle fut suprêmement louée et admirée pour sa belle ingéniosité.

Pour en finir avec la querelle de l'art contemporain

Notes de lecture

Pour en finir avec la querelle de l’art contemporain
Nathalie Heinich (Éditions “ L’échoppe”)

Visionnez également les images numérotées dans le texte ci-dessous dans l'album
+ voir catalogue en ligne FRAC Pays de la Loire pour quelques autres illustrations.

• Acception erronée du terme contemporain qui gagnerait à être pris au sens non pas d’un moment de l’évolution artistique, correspondant à une périodisation, mais d’un “genre” de l’art, analogue à ce que fut la peinture d’histoire à l’âge classique.
(Comme la musique contemporaine est un genre qui coexiste avec d’autres genres)

• Victor Olback considère que le propre de l’art contemporain est de mêler des disciplines hétérogènes — arts plastiques, musique, littérature, cinéma, vidéo)

• la transgression des frontières disciplinaire est une des dimensions de l’art contemporain.

RAISONNEMENT
- Il n’y a plus un seul monde de l’art (exemple, les salons)
- Il n’y a plus une seule définition de l’art
- Il n’y a plus un seul axe qui serait chassé par d’autre, mais plusieurs axes à la fois.

1- L’art ne soulève plus seulement des questions esthétiques (beau/pas beau), des questions de goût (aime/aime pas),

2 - mais des questions ontologiques, de classification (c’est ou ce n’est pas de l’art), d’intégration/exclusion (oui ou non cette proposition est une œuvre d’art?)

Ontologique : (métaphysique) relatif à l’être en tant que tel, indépendamment de ses déterminations particulières.

Le problème n’est plus que Duchamp (1)
  1. ferait ou non de la mauvaise peinture (on en accusait les impressionnistes (2)
  2. mais que ce qu’il fait n’est plus de la peinture, ni de la sculpture, tout en prétendant être de l’art.
C’est le sens de la plupart des polémiques suscitées par l’art contemporain (...) : la question de la beauté y est très peu présente, au profit d’interrogation ontologiques sur la nature de ce qui est vu (art authentique ou “foutaise”, “fumisterie”, “n’importe quoi”), d’interrogations éthiques sur la valeur des actes accomplis par l’artiste (dans quelle mesure a-t-il vraiment travaillé ? est-ce sincère ou est-ce cynique ?) et de son œuvre (les images montrées, les actes effectués, transgressent-ils les valeurs morales ?), voire d’interrogations politiques sur l’opportunité du soutien des pouvoirs publics (faut-il subventionner ou montrer telle ou telle proposition ?).

• Les amateurs d’art, voire les simples citoyens sans compétences ni intérêt particulier pour l’art sont donc souvent amenés à disqualifier une proposition artistique, non en tant qu’elle serait de mauvaise qualité, mais en tant que “ce n’est pas de l’art”.

• Chacun se sent légitime pour exprimer son avis.

• On peut distinguer trois façons très différentes de concevoir l’art aujourd’hui. On pourrait également dire qu’il s’agit de trois genre de l’art, 3 catégories hétérogènes.
  1. l’art classique
  2. l’art moderne
  3. l’art contemporain
Paradigmes pour les acteurs impliqués dans la défense de l’un ou de l’autre, genres pour l’observateur. Ces critères relèvent non de l’esthétique, mais de la sociologie.

Paradigme : exemple, modèle, choix indépassable.

1 - l’art classique
- repose sur la figuration
- règles académiques de rendu du réel (5)
(Balthus (3), portraits (4), paysages, petites galeries de province)
- le renom tend à demeurer local
C’est la dimension de la subjectivité qui fait la rupture avec l’art moderne

2 - l’art moderne
- Respect des matériaux traditionnels (peinture sur toile, châssis, sculpture sur socle)
- Repose sur l’expression de l’intériorité de l’artiste (caractère subjectif et personnel de la vision (impressionnisme (6), fauvisme (7), cubisme (8), abstraction (9), surréalisme (10),...)
C’est en cela que l’art moderne rompt avec un art classique où la personnalisation est toujours secondaire, voire problématique, par rapport à l’exigence première qu’était la mise en œuvre des standards de la représentation, des références communes.
  • Ambiguïté : qu’est-ce qui relève de l’intentionnalité de l’artiste, qu’est-ce qui relève de l’interprétation du spectateur ?
  • Ambiguïté levée par la dimension objectale de l’intériorité : authenticité, lien avec le corps de l’artiste. Ce lien est maintenu par l’utilisation de matériaux classiques (peinture, toile, crayon, terre, matière brute, ...) continuité entre le corps de l’artiste et l’œuvre réalisée
  • Médiation entre intériorité et expression extériorisée est elle-même d’ordre intérieure (références plastiques, schémas mentaux, routines gestuelles, habitudes corporelles).
Remarquons au passage que cette exigence d’intériorité en art, si prégnante dans notre culture que nous avons du mal à concevoir et accepter une expression artistique qui ne soit garantie par la subjectivité et le corps de l’artiste, n’est rien d’autre qu’un paradigme —le paradigme moderne — qui ne se sera imposé, somme toute, qu’un siècle et demi, en comptant large.
(Matta (11), Freud (12), Szafran (13), Kitaj (14), ...)

• Les artistes qui travaillent sur cette voie travaillent en involution, par l’approfondissement de voies déjà frayées par d’autres.

C’est la dimension de l’authenticité qui fait la rupture avec l’art contemporain

3 - l’art contemporain

- Travail non en involution, mais en évolution, investissant des voies inédites, propre à périmer ce qui le précède.
Duchamp est un précurseur, Yves Klein est un des pionniers. L’authenticité est mise à l’épreuve : subjectivité avec les monochromes, authenticité avec les anthropométrie. Il y a les ingrédients de la peinture classique et moderne, mais privé du passage de la main de l’artiste. Ainsi est né un nouveau genre. (14 K)
- Transgression systématique des critères artistiques propres au classique, au moderne et au contemporain même. Comme une partie de l’art moderne, mais radicale dans la transgression des cadres :
- disciplinaires (mélange d’expression plastique, littéraire, théâtral, musicale, cinéma, ...) (15)
- moraux
- juridiques
- matériaux (installations, vidéo, performance) (16)
L’art contemporain repose donc sur l’expérimentation de toute forme de rupture avec ce qui précède.

Rupture qui peut être reçue positivement (subversion critique ) ou négativement (effet de mode, originalité, notoriété à tout prix) (17)
Exemple de rupture mal reçue : lorsque l’art minimal ou l’art conceptuel rompent avec la subjectivité de l’expression ou lorsque les installations et performances rompent avec l’authenticité.

Art classique, art moderne et art contemporain se déclinent en sous-genres

1 - Art classique
- l’histoire (18)
- le portrait (19)
- paysage (20)
- scène de genre (21)
- nature morte (22)
2 - Art moderne
- courant, écoles (souvent nommés extérieurement aux artiste eux-mêmes)
- les ismes : impressionnisme, fauvisme, cubisme, surréalisme, abstraction, ...
3 - Art contemporain
- les mouvements (souvent nommés par les artistes eux-mêmes)
- monochromes, cinétisme (23), nouveau réalisme (24), pop-art (25), hyperréalisme (26), art conceptuel (27), nouvelle figuration (28), arte povera (29), bad painting (30), ...
Par exemple :
- les ready-made de Duchamp sont de l’art contemporain, mais pas ses tableaux (Duchamp n’est donc pas un artiste “contemporain”).
- Les monochromes de Malevitch relèvent de l’art contemporain, bien˛qu’ils aient été construits dans un contexte moderne, mais pas les dernières toiles de sa vie, qui relèvent de l’art moderne.
- bien des œuvres réalisées aujourd’hui ne relèvent pas de l’art contemporain
S’amuser à relever des œuvres d’aujourd’hui qui ne relèvent pas de l’art contemporain en tant que genre.

Cette catégorisation en 3 grands genres est donc triplement paradoxale :
  1. Postule l’existence de cadres mentaux collectifs (comme référent pour discuter et critiquer). et n’est pas exclusive d’autres approches, évaluations ou interprétations.
  2. Va à l’encontre de l’usage ordinaire du mot contemporain qui est en fait un synonyme d’actuel. Mais c’est comme le terme baroque, qui peut renvoyer à l’époque baroque ou au style baroque.
  3. Renoncement à une vision historiciste de l’art, linéaire (plus c’est nouveau, plus c’est beau, ...)
Donc triple obstacle : 1 vision antigénérique 2 vision chronologique 3 vision historiciste

Inconvénients et avantages de cette catégorisation

Inconvénients

• Problème des frontières, des brouillages, des contaminations

Ex :
- Claude Lorrain campait entre peinture d’histoire et de paysage (31)
- Georges de la Tour entre scène de genre et peinture d’histoire (32)
- Manet entre classique et moderne (33)
- Pollock entre moderne et contemporain (34)
En anglais “cutting edge”.

• Différenciation facile entre le moderne et le contemporain pour la transgression des matériaux : installations, performances, support photo, vidéo (au point que certains mettent en doute l’appartenance de telles œuvres au rang des pratiques plastiques)
Différenciation facile pour le jeu sur la trivialité (banalité) des matériaux (nouveau réalisme) ou des sujets (pop art, hyperréalisme) ou encore sur la “pauvreté” des moyens expressifs (arte povera, conceptualisme, minimalisme)

• Difficultés de différenciation lorsqu’il s’agit de transgression des tendances de l’art contemporain lui-même :
- retour à la tradition moderne (toile, sculpture, figuration)
- indifférenciation entre figuration et abstraction (bad painting ou transavanguardia)
- retour au classique (Martial Raysse (35), Garouste (36))
Les œuvres ne suffisent plus à trancher entre le 1er degré qui figure l’appartenance à la tradition classique et le 2nd degré qui signe l’appartenance à l’art contemporain.

D’où ce qu’on appelle l’éclectisme contemporain. Il faut donc d’autres indices périphériques.

Ces indices peuvent être matérielles :
- format de l’œuvre (très grand comme chez Kiefer ou très petit comme chez Favier)
- date de production de la pièce (Joan Mitchell (37))
- itinéraire de l’artiste, discours tenus sur lui, critères “sociaux” associés au contexte de production plus qu’aux caractères proprement plastiques de l’œuvre.


Avantages

• Permet de comprendre la violence des querelles occasionnées aujourd’hui par l’art contemporain. Si ce n’est plus affaire de goûts ou de degré de qualité, ce sont les paradigmes qui l’emportent et tout ce qui échappe aux paradigmes est forcément considéré comme indigne.
• rends la coexistence possible de façons de voir qui autrement s’excluent. C’est ce qu’on appelle, de façon plus générale, la tolérance.

Le problème est que cette pluralité de genre est fortement hiérarchisée et que les institutions de l’art privilégient actuellement en art le genre de l’art contemporain, de même qu’au siècle dernier, elles privilégiaient le gêner de la peinture d’histoire.

L’idéal serait que soit reconnue la pluralité des genres et, avec elle, la pluralité des principes hiérarchiques permettant de sélectionner, à l’intérieur de chaque genre, les œuvres les plus valables, chacun étant libre de préférer tel ou tel genre, voire de les aimer tous (...)